Juanjo FERRER Chargé de recherche FRS – FNRS
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Analyse des livres 4 et 5 du Dēnkard.

Mon projet de recherche a pour objet l’analyse des livres 4 et 5 du Dēnkard, un ouvrage incontournable pour appréhender la vision de la religion zoroastrienne juste après la conquête islamique de l’Iran. Ce choix a été effectué pour deux raisons : d’une part, le contenu, et d’autre part, la longueur. Ces deux livres ne forment pas un ensemble thématique, mais le fait d’avoir été compilés l’un après l’autre et que le nom du premier compilateur (Ādurfarrbay) apparaisse explicitement, méritent, par conséquent, une étude particulière dans l’ensemble du Dēnkard. D’un côté, le 4e livre du Dēnkard contient une sélection des phrases qui semblent être prises d’un ouvrage pehlevi perdu, l’Ēwēn-nāmag « livre des coutumes », raison pour laquelle son analyse reste plus que nécessaire. En plus, des réflexions sur la religion zoroastrienne sont interprétées et justifiées à partir d’une optique qui montre les influences zoroastriennes reçues d’autres cultures au moins à partir du 3e s. de n.è., comme le montre l’énumération d’ouvrages de la Grèce et de l’Inde sur l’astronomie, la logique, larhétorique, etc.  D’un autre côté, le 5e livre du Dēnkard doit être divisé en deux parties distinctes. La première partie contient les réponses que Ādurfarrbay donne à un certain Yaʿqūb, fils de Kāled (probablement un musulman ou peut-être un converti). Cette partie expose les principaux points ayant trait à la religion mazdéenne : croyance dans le paradis et l’enfer, les récompenses ou les punitions dans l’au-delà, la purification, le mariage consanguin, etc. Quant à la deuxième partie, elle rassemble les 33 questions que le chrétien Bōxt-Mārā pose, puis s’ensuivent les réponses. Les questions variées ont toutes un point commun, à savoir la pratique religieuse au quotidien : Pour quelle raison se lave-t-on les mains avec de l’urine de vache ? Pourquoi montrer un corps mort à un chien ? Pourquoi une femme doit-elle se laver après une relation sexuelle ?, etc. Cette section appartient à un genre littéraire récurrent au sein de la littérature zoroastrienne : celui des questions-réponses, auquel la désignation pehlevie hampursagīh (« l’entretien ») a été donnée. Ce genre apparaît déjà dans la strate la plus ancienne des sources zoroastriennes (l’Avesta) et est encore représentée dans les Revāyats persanes à partir du 15e s. de n.è., avec les échanges épistolaires entre les zoroastriens d’Inde interrogeant les zoroastriens d’Iran afin d’obtenir des réponses sur des aspects variés de la religion, notamment rituels. Outre l’analyse diachronique du genre littéraire et des thèmes abordés, une étude synchronique méritera également une attention particulière, puisque le nombre 33 pour les questions n’est pas anodin et est attesté par ailleurs. En effet, un autre texte pehlevi, le Mādayān ī Yōšt ī Friyān « le livre du Jeune Friyān » contient 33 questions avec les réponses. La symbologie numérique mérite aussi une analyse, le numéro 33 apparaît aussi dans la division des chapitres du Sīrōzag avestique, on le trouve aussi dans quelques cérémonies zoroastriennes où on doit consacrer 33 pains, et du plus, dans une strophe typiquement indo-iranienne, avec trois endécasyllabes (11+11+11 = 33). Ces deux axes, synchronique et diachronique, n’ont pas encore fait l’objet d’une étude systématique. Outre le contenu, qui permettra d’approfondir la compréhension de pratiques religieuses et rituelles des zoroastriens sur ce genre littéraire et sur la réception des distinctes philosophies, la longueur de ces deux livres, représentant approximativement 7% du Dēnkard, c’est-à-dire 48 pages du manuscrit principal (ms. B [folios 167 recto – 191 recto]), est traitable en trois ans. Les seules traductions complètes existantes datent de plus d’un siècle : WEST (1897) – en anglais – et SANJANA [b] (1907) – en gujarati et en anglais –. Les travaux menés durant les dernières années amènent à revoir les traductions existantes afin d’intégrer le fruit des recherches actuels sur le rituel et la religion zoroastrienne. Afin de pouvoir proposer une traduction commentée des livres 4 et 5, la tâche préalable indispensable est l’édition du texte.


Fabio NOLFO Chargé de recherches F.R.S.-FNRS
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Motifs textuels ovidiens et littérature latine tardo-antique : recherche textométrique sur la réception de l’œuvre d’Ovide chez les poètes et prosateurs latins de la fin de l’Antiquité.

Ce projet vise à étudier l’influence des modes d’expression linguistique du poète latin Ovide sur les œuvres littéraires de la fin de l’Antiquité, en particulier sur les poésies tardo-antiques latines païenne et chrétienne. Des méthodes d’analyse textométrique innovantes (approche topologique) permettront de mieux comprendre comment le patrimoine littéraire classique a été intégré par les poètes du IVème et du début du Vème siècles, maillons essentiels d’une transmission vers les siècles suivants.


Julianna PAKSI
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Intertextuality and Textual Transmission in the Mid-Eighteenth Dynasty Theban Necropolis

The decoration of the Theban tombs of the mid-Eighteenth Dynasty Egyptian elite (ca. 1539–1292 BCE) bears witness to a strong social and intellectual rivalry between its members, which thus also manifests in the interconnectedness of the textual program of their tombs. Exploring the intertextual dimension of the inscriptions of these monuments is therefore expected to provide insights into the nature and strength of these relations, to reveal some of the intentions of the ancient artists, and to bring us closer to the ancient Egyptian understanding of creativity with regard to text production. This project also aspires to deliver findings that can contribute to a better understanding of the practices and processes of textual transmission within the Theban necropolis in this era. The identification and study of textual parallels is similarly crucial to this end because they can provide us with clues that can shed light on how a written product was transferred from one space to another.

The textual program of two related Theban tombs forms the starting point of this research project: Theban tombs no. 84 and 95 (TT 84 & TT 95). Both tombs were constructed in the first half of the Eighteenth Dynasty and belonged to two influential individuals called Iamunedjeh and Mery who lived one generation apart, under the reign of Thutmose III (1479–1425 BCE) and Amenhotep II (1425–1400 BCE). While TT 84 is a tomb with an exceptionally rich textual dimension that was once almost fully decorated, the decoration of TT 95A was never finished due to the partial collapse of the roof during the construction of the chapel. The rationale behind treating the two monuments together is provided by the fact that the tomb owner of TT 95 appropriated TT 84 when the works on his own funerary monument had to be abandoned. Both TT 84 and TT 95 currently belong to the concession of the Swiss archaeological mission at Sheikh Abd el-Qurna.

Methodologically, the project stands on the grounds of material philology and considers the physical form of a text as well as its socio-cultural and spatial-material contexts as integral parts of its meaning. The research is, furthermore, conducted as an exploratory qualitative study, which means that both the intertextuality of the inscriptions as well as the procedures linked to their transmission are investigated within the framework of smaller case studies with a well-defined scope and specific objectives. Research will focus on the following areas of investigation during the period of funding: the so-called prt-m-tȝ text of TT 95A and its possible copy in a tomb one generation later; the ceiling inscriptions of TT 95A, TT 84, and other contemporary tombs; and the pillar inscriptions of TT 95A in their intertextual context.


Antonio RICCIARDETTO Scripta – Université Paris Sciences et Lettres
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Du texte littéraire au document : les pratiques scribales des écrits médicaux grecs d’époques romaine et byzantine retrouvés à Oxyrhynchus.

Si l’analyse bibliologique et paléographique, accompagnée de l’étude de la mise en page et du contexte, est aujourd’hui de règle en papyrologie littéraire, tel n’est pas le cas en papyrologie documentaire, où, à l’exception de quelques études particulières, les recherches se sont surtout portées sur le contenu, la provenance et la datation des papyrus. Me fondant sur le protocole de recherche mis au point dans ma thèse doctorale « Recherches sur la typologie des papyrus documentaires grecs de médecine : contrats, pétitions, rapports et lettres », c’est cette lacune que je me propose de combler, dans une première étape, en collectant les données de la centaine de papyrus documentaires grecs de médecine d’époques romaine et byzantine (ier-vie siècle apr. J.-C.) provenant d’Oxyrhynchus (Moyenne-Egypte).

Dans une deuxième étape, sur base de l’autopsie des documents sélectionnés, ou, à défaut, de leur reproduction photographique, j’en étudierai les aspects formels, la mise en texte, l’écriture, le contenu et le contexte. Je comparerai les résultats obtenus avec les données significatives fournies par l’analyse bibliologique et paléographique des soixante-six papyrus littéraires grecs de médecine contemporains retrouvés dans cette même localité. À la recherche de leurs ressemblances et de leurs différences, je fournirai une synthèse illustrant les rapports entre les pratiques scribales des écrits médicaux littéraires, d’une part, et documentaires, d’autre part, produits dans le même environnement.


Nico STARING Chargé de recherche FRS – FNRS
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Le mécénat privé de la production des tombes dans l’Égypte ancienne :  analyse de la relation entre le commanditaire et l’artiste dans la nécropole du Nouvel Empire à Saqqara, ca. 1539-1078 av. J.-C.

PatronArtSaqqara ambitionne d’analyser le système de patronage ou mécénat qui a permis la réalisation des tombes privées du Nouvel Empire dans la nécropole memphite à Saqqara (Égypte), 1539-1078 av. J.-C. Le projet vise à comprendre la relation entre les commanditaires (c'est-à-dire les propriétaires de tombes) et les artistes qui ont été employés pour construire et décorer ces tombes monumentales de l'élite. En examinant l’interaction complexe entre le commanditaire et l’artiste, le projet soumis vise à permettre une meilleure compréhension de la dynamique sociale qui est à la base de la création de ces monuments, ainsi que de la structure de la société qui les a créés. Pour confirmer l'hypothèse selon laquelle ce système de mécénat privé était organisé en fonction de l’affiliation professionnelle du commanditaire et des artistes, quatre objectifs principaux sont envisagés: (1) identifier des réseaux de correspondances iconographiques entre des motifs particuliers et leur(s) inspiration(s); (2) analyser la les relations entre le style de décoration et l’affiliation institutionnelle du commanditaire; (3) développer un modèle expliquant le système de patronage qui a permis la réalisation des tombes privées à Saqqara; et (4) rendre accessible en format numérique tous les blocs décorés en relief provenant de la nécropole du Nouvel Empire à Saqqara, ainsi que leurs correspondances iconographiques. Ces objectifs seront atteints grâce à une méthodologie de recherche interdisciplinaire comportant quatre étapes réparties en 36 mois. L'approche proposée a le potentiel de mettre en évidence des réseaux sociaux qui n'apparaissent pas autrement dans les documents officiels traditionnellement étudiés en égyptologie. L'ULiège apparaît comme un hôte idéal pour mener à bien cet ambitieux projet, en raison de ses atouts fondamentaux dans l'étude comparative et interdisciplinaire des sociétés humaines de l'Antiquité à nos jours, et en raison de son éminente expertise en égyptologie.

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